En m'intéressant à la tabatière, cet accessoire pour le tabac, j'ai découvert que l'histoire de cet objet s'inscrivait aussi en Bretagne, ma région, dans la tradition des manufactures de porcelaine. Cet objet a pris presque toutes les formes et a été façonné dans les matériaux les plus variés. Autant pour priser que pour bourrer sa pipe, cette boîte ancienne a connu de multiples usages. Au XVIIIe siècle, elle permettait de se distinguer avec raffinement, au point même de prêter au tabac des vertus médicinales. Elle raconte ainsi une part de notre histoire artisanale.
Sommaire
Les différents noms de tabatières
Les salles des ventes et antiquaires voient circuler de nombreuses « snuff boxes », littéralement « boîtes à priser ». Le terme anglais rappelle l’usage premier de cet accessoire : non pas fumer ou bourrer une pipe, mais priser la poudre par le nez. La blague à tabac souple et la trousse à pipe étaient, quant à elles, réservées au tabac destiné à être brûlé.
Certaines tabatières anciennes adoptaient une forme particulière : la secouette, également baptisée « touine » en Normandie, ou encore « pétunier » (dérivé de « petun », terme historique désignant le tabac). Les passionnés et collectionneurs — les buxidanicophiles — emploient des désignations précises selon chaque gabarit.
En porcelaine, en cuir et autres matériaux
On en recense en corozo, en étain, en ivoire, en terre cuite (très répandue en Normandie), en verre, en fer forgé, en porcelaine fine, en tissu ou encore en cuir véritable. Les essences de bois précieuses comme le buis ou l'écorce de bouleau étaient également très recherchées.
Le terme buxidanicophile puise son étymologie dans le latin buxida (« boîte en buis »). Ce même bois dense et résistant était traditionnellement privilégié pour façonner les fourneaux de pipes de bruyère et d'artisanat.
Nos blagues à tabac en cuir upcyclé
Les formes anciennes et la secouette
La tabatière n'a pas toujours été une boîte plate à charnière. Les premières pièces prenaient l'allure d'une poire percée d'un orifice fermé d'un bouchon de liège : il suffisait d'agiter l'objet pour recueillir une pincée de poudre. Ces secouettes se rencontrent fréquemment en Bretagne au XIXe siècle, notamment confectionnées en faïence et porcelaine de Quimper. Sous Louis XV, les orfèvres ont décliné ces contenants sous forme de coquilles Saint-Jacques en argent massif ou de personnages miniatures.
Un objet d’élévation sociale
Au siècle des Lumières, sortir sa tabatière en société constituait un code d'élégance affirmé. Le geste théâtral d'ouvrir l'écrin, de prélever la poudre et de la porter aux narines manifestait le rang de son propriétaire. Cet engouement a largement contribué à l'enrichissement des arts décoratifs et de la maroquinerie d'apparat.
La tabatière dans la culture populaire
Dès le début du XVIIIe siècle, l’objet s'émancipe des salons aristocratiques pour entrer dans le folklore populaire, immortalisé par la célèbre ritournelle : « J’ai du bon tabac dans ma tabatière ». Il est ensuite devenu le compagnon indispensable du soldat et du voyageur, évoluant progressivement vers la pochette en tissu et cuir souple pour conserver le tabac à rouler à l'abri de l'air.
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